Sur un projet, l'architecte technique arrive avec des chiffres. Le métier demande une application disponible et rapide, il en tire un taux de disponibilité, un délai de reprise (RTO), une perte de données acceptable (RPO) et une charge à tenir. Il en déduit le nombre de serveurs, le mode de réplication, les zones réseau et les flux à ouvrir, puis rédige le dossier d'architecture technique qui passe en comité. Il suit aussi la fin de support des systèmes en place.
L'intitulé recouvre des profils variés. Beaucoup viennent de l'ingénierie système ou réseau et connaissent très bien une brique, moins bien les autres. D'autres sortent du développement et parlent d'applications plus que d'hébergement. Un bon architecte technique explique ce que coûte un neuf de disponibilité supplémentaire, pourquoi une réplication synchrone ne traverse pas n'importe quelle distance, et ce qu'il a vu échouer lors d'un test de PRA.
L'offre gagne à préciser le périmètre réel : sur site, cloud ou hybride, et la part de conception par rapport au support de la production. Un poste très orienté niveau 3 attire des experts d'une brique, un poste de cellule d'architecture demande surtout des dossiers défendus en comité. Le PDF propose 30 questions sur six axes, un cas de 20 minutes et une grille.
Les briques d'un socle technique à connaître
Exigences non fonctionnelles
Disponibilité, temps de réponse, charge, volumétrie, RTO et RPO. Ce sont les entrées du travail de l'architecte technique. Un candidat solide les chiffre et sait d'où vient chaque chiffre, au lieu de recopier les objectifs du cahier des charges.
Haute disponibilité et PRA
Clusters actif-actif ou actif-passif, répartiteurs de charge, réplication de stockage ou de base, second datacenter ou région cloud. Le plan de reprise d'activité décrit la bascule et le retour. Il ne vaut que s'il a été testé.
Réseau et segmentation
Zones de sécurité, DMZ, pare-feu, répartiteurs, DNS, liens entre sites et vers le cloud. L'architecte technique dessine la matrice des flux et défend le cloisonnement entre environnements et entre niveaux de sensibilité.
Middleware et serveurs d'applications
Serveurs web et reverse proxies, serveurs d'applications Java comme Tomcat, JBoss EAP ou WebSphere, files de messages comme IBM MQ, RabbitMQ ou Kafka. Leur réglage (pools de connexions, files, délais d'expiration) explique une bonne part des incidents de performance.
Bases de données et stockage
Oracle, SQL Server, PostgreSQL, leurs solutions de réplication et de bascule, baies de stockage en mode bloc ou fichier, stockage objet, sauvegarde. Le choix du mode de réplication fixe le RPO réel.
Virtualisation, conteneurs et cloud
VMware vSphere ou ses remplaçants, Kubernetes et OpenShift, clouds publics et offres souveraines. L'architecte arbitre selon la charge, les licences, la localisation des données et la capacité de l'équipe d'exploitation à tenir la plateforme.
Identités, chiffrement et accès
Annuaire et fédération d'identité, comptes de service, bastion pour les accès d'administration, PKI et certificats, chiffrement des disques, des sauvegardes et des flux. La sécurité se conçoit avec l'architecture, et le RSSI valide le dossier.
Dossiers d'architecture et obsolescence
Le dossier d'architecture technique (DAT), les normes et standards de l'entreprise, le registre des décisions et la cartographie des versions en production. Windows Server 2016 sort du support étendu de Microsoft en janvier 2027 : un bon exemple pour savoir comment la personne suit les fins de support.
Le poste se trouve dans les DSI de grands groupes, chez les infogéreurs et les hébergeurs, et en prestation, où l'architecte technique est placé en mission sur un programme ou dans une cellule d'architecture transverse. Les offres associent souvent la conception à un rôle de référent technique de niveau 3 sur la production. Selon l'employeur, l'accent porte sur un socle (Linux, Microsoft, middleware), sur l'hébergement sur site, sur le cloud ou sur l'hybride. Les profils demandés ont en général plusieurs années en ingénierie système, réseau ou middleware avant le passage à l'architecture.
Les compétences attendues d'un architecte technique
- Exigences non fonctionnelles et dimensionnement
- Haute disponibilité, PRA et sauvegarde
- Réseau, segmentation et sécurité by design
- Middleware, serveurs d'applications et bases
- Choix d'hébergement : site, cloud, conteneurs
- Dossiers d'architecture, standards et obsolescence
Situations d'architecture technique et réponses attendues
Chaque question vient avec ce qu'une bonne réponse contient et le signal qui doit vous alerter. Pas besoin d'être technique pour les poser : écoutez si le candidat raconte du vécu.
Question 1 · confirmé
Le contrat fixe une disponibilité de 99,95 % par mois. Combien de minutes d'arrêt cela représente-t-il, et qu'est-ce que ça change dans votre architecture ?
Une bonne réponseEnviron 22 minutes par mois. Ce budget ne permet pas un redémarrage manuel ni une maintenance avec arrêt : il faut de la redondance à chaque étage (répartiteur, serveurs d'applications, base), des mises à jour sans coupure et une bascule automatique. Il précise ce que le contrat compte comme indisponibilité (maintenances planifiées incluses ou non) et vérifie que les dépendances externes ont un engagement compatible, sinon le chiffre est intenable.
Signal d'alerteAucun ordre de grandeur, ou l'idée qu'un serveur puissant suffit. Ignorer la disponibilité des briques dont l'application dépend.
Question 2 · senior
Le métier demande un RPO de zéro entre deux datacenters distants de 300 km. Que lui répondez-vous ?
Une bonne réponseUn RPO nul impose une réplication synchrone, et à 300 km la latence ajoutée à chaque écriture pèse sur les temps de réponse. Il propose soit deux sites proches en synchrone et un troisième lointain en asynchrone, soit un RPO de quelques secondes ou minutes en asynchrone. Il chiffre les deux options et fait choisir le métier sur le coût et le risque, avec une décision écrite.
Signal d'alerteAccepter sans discuter, ou répondre qu'une sauvegarde nocturne suffit. Aucune notion du lien entre distance, latence et réplication synchrone.
Question 3 · confirmé
Le dernier test de PRA a duré huit heures au lieu des quatre prévues. Comment trouvez-vous où le temps s'est perdu ?
Une bonne réponseIl reprend la chronologie minute par minute : décision de bascule, promotion des bases, démarrage des applications dans l'ordre des dépendances, bascule DNS et réseau, contrôles de bon fonctionnement. Les causes fréquentes sont des étapes manuelles non documentées, des comptes ou certificats absents du site de secours, des dépendances oubliées et des TTL DNS longs. Il automatise et documente ce qui a coûté du temps, puis programme un nouveau test.
Signal d'alerteConclure que le RTO de quatre heures était trop ambitieux, sans analyser le déroulé, ou ne jamais avoir participé à un test.
Question 4 · confirmé
Une nouvelle application exposée sur internet doit lire des données dans une base interne. Comment placez-vous chaque composant dans les zones réseau ?
Une bonne réponseUn reverse proxy ou un WAF en DMZ, les serveurs d'applications dans une zone applicative, la base dans une zone de données sans accès direct depuis la DMZ. Une matrice de flux minimale, ports et sens précisés, chiffrement TLS de bout en bout ou sur chaque segment, comptes de service dédiés. Les accès d'administration passent par un bastion. Il fait valider le dossier par la sécurité.
Signal d'alerteTous les serveurs dans le même réseau, ou une base ouverte à la DMZ « pour simplifier ».
Question 5 · confirmé
Aux heures de pointe, les temps de réponse passent de 300 ms à 6 secondes, alors que les serveurs restent à 40 % de CPU. Où cherchez-vous ?
Une bonne réponseDans les files d'attente plutôt que dans le CPU : pool de threads du serveur d'applications saturé, pool de connexions à la base épuisé, verrous ou requêtes lentes côté base, limite de connexions du répartiteur, appels externes lents qui bloquent les threads, ramasse-miettes de la JVM. Il s'appuie sur les métriques et les traces pour suivre une requête, et ne modifie qu'un réglage à la fois.
Signal d'alerteProposer d'ajouter des serveurs ou de la mémoire sans mesure, ou ne regarder que le CPU.
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- 30 questions sur 6 axes, avec la bonne réponse, le signal d'alerte et la relance
- Le niveau visé pour chaque question
- Une mise en situation de 20 minutes et ce qu'on attend du candidat
- La grille d'évaluation de 1 à 4, axe par axe
Les questions fréquentes sur l'architecte technique
Architecte technique, architecte infrastructure, architecte applicatif : où passent les frontières ?
L'architecte applicatif découpe les applications et leurs échanges. L'architecte infrastructure conçoit les datacenters, le réseau, le stockage et la virtualisation. L'architecte technique fait le lien : il prend une application et décide du socle qui la porte, du middleware au PRA. Dans beaucoup d'entreprises, les deux derniers titres désignent le même poste. Les missions de l'offre comptent davantage que l'intitulé, et elles orientent le choix des questions.
Faut-il un test technique pour un architecte technique ?
Un cas en entretien suffit, et il en dit plus qu'un QCM. À partir d'une application, de ses exigences et de deux sites, le candidat dessine un schéma au tableau : zones, flux, réplication, bascule. Une contrainte s'ajoute ensuite, comme un budget réduit ou un RPO durci. La façon dont la personne modifie son schéma et chiffre l'écart montre son niveau réel, et une heure suffit pour ce format.
Quelles certifications comptent sur un CV d'architecte technique ?
Les certifications cloud de niveau architecte, comme AWS Solutions Architect Professional ou Azure Solutions Architect Expert, attestent la connaissance d'une plateforme. Les certifications d'éditeurs comme Red Hat ou VMware valident une brique. TOGAF concerne plutôt l'architecture d'entreprise. Aucune ne prouve qu'une personne a conçu et testé un PRA. Un incident vécu et un dossier d'architecture défendu en comité en disent davantage.
Un ingénieur système senior peut-il devenir architecte technique ?
C'est le parcours le plus fréquent. Il doit sortir de sa spécialité : un expert Linux doit parler aussi de réseau, de bases et de middleware, et savoir chiffrer une exigence. Il doit aussi savoir écrire : un dossier d'architecture se lit sans son auteur. L'entretien lui fait présenter une architecture qu'il a conçue, avec les options écartées et la raison de chaque rejet.
Pour structurer vos autres entretiens, consultez aussi nos pages sur les questions d'entretien de recrutement, la méthode de l'entretien structuré et la grille d'évaluation d'entretien.






