Le titre recouvre des périmètres variés. Une mission porte sur deux datacenters avec du stockage Hitachi ou NetApp et une sauvegarde NetBackup ou Commvault, une autre sur un socle hyperconvergé Nutanix, une troisième sur un cloud privé avec Cisco ACI et des F5. Dans tous les cas, l'architecte infrastructure rédige le dossier d'architecture technique (DAT, HLD, LLD), chiffre ses choix, challenge les propositions des intégrateurs et défend le tout devant la sécurité et l'exploitation.
Le risque, à l'embauche, est de retenir un excellent spécialiste d'un seul domaine. Un architecte relie les briques : il sait ce qu'une réplication ajoute à la latence, pourquoi un VLAN étendu entre deux salles élargit une panne, combien de temps prend la restauration de 300 VM. Le récit d'un projet complet, de l'expression des besoins jusqu'aux tests de bascule, le montre vite, surtout quand le candidat dit ce qu'il referait autrement.
Les certifications constructeurs (NetApp, Cisco, VMware, Veeam) montrent une spécialité ; la vision d'ensemble se vérifie sur un cas chiffré, avec une distance entre salles, des volumes et un budget. Le PDF déroule l'entretien en 30 questions sur six axes, avec une étude de cas sur une salle unique à remplacer et une grille de 1 à 4.
Les briques qu'un architecte infrastructure assemble
Stockage bloc, fichier et objet
Les baies SAN et NAS (NetApp, Dell, Pure Storage, Hitachi, HPE) et le stockage objet compatible S3. L'architecte choisit le type d'accès, le protocole (Fibre Channel, iSCSI, NVMe/TCP, NFS, SMB) et le niveau de protection. C'est souvent le plus gros poste du budget matériel.
Réseau de datacenter
Les architectures leaf-spine, le routage ECMP et l'overlay EVPN-VXLAN, chez Cisco, Arista, Juniper ou d'autres. S'y ajoutent les pare-feu de zone, les répartiteurs de charge et le réseau d'administration hors bande. Les choix réseau fixent la taille d'une panne possible.
Virtualisation et hyperconvergence
VMware vSphere, Nutanix, Hyper-V ou Proxmox, en serveurs avec baie séparée ou en hyperconvergé. L'architecte infrastructure ne règle pas chaque cluster, mais il choisit le modèle, le dimensionne et intègre les coûts de licence depuis les changements chez Broadcom.
Sauvegarde
Veeam, Commvault, NetBackup, Rubrik ou Cohesity, avec des dépôts sur disque, en objet ou sur bande. Depuis la vague de rançongiciels, l'immuabilité des copies et la vitesse de restauration comptent autant que la réussite des sauvegardes de la nuit.
Réplication et PRA
La réplication des baies, celle des hyperviseurs ou d'outils comme Zerto, et les outils d'orchestration de la reprise. Les liaisons entre sites (fibre noire, DWDM, liens opérateurs) font partie du sujet. Un test de bascule complet, retour compris, déjà mené par le candidat fait la différence.
Salles et énergie
Puissance par baie, onduleurs, double alimentation, refroidissement, colocation. Les serveurs récents consomment plus par unité, et beaucoup de salles d'entreprise n'ont pas été prévues pour cette densité. Le PUE entre dans le calcul du coût d'exploitation.
Bastion et administration sécurisée
Un bastion ou une solution PAM (Wallix, CyberArk ou autre), un réseau d'administration séparé et des postes dédiés, dans l'esprit des recommandations de l'ANSSI sur l'administration sécurisée. L'architecte les intègre dès la conception au lieu de les ajouter après un audit.
Automatisation et inventaire
Terraform, Ansible et Packer pour livrer des serveurs identiques, NetBox ou Infoblox pour les adresses, une CMDB tenue à jour. Ce n'est pas toujours exigé dans les offres, mais un architecte qui ne l'a jamais pratiqué produit des dossiers difficiles à industrialiser.
Les ESN et les intégrateurs placent l'architecte infrastructure sur des projets de refonte, de renouvellement ou de migration de datacenter, souvent en avant-vente pour chiffrer la solution. Chez un client final, il tient la cohérence du socle sur plusieurs années, arbitre entre les demandes des projets et prépare les renouvellements de matériel. Les offres récentes citent souvent la sortie de VMware, le cloud privé, la sauvegarde contre les rançongiciels et le cloud souverain. Le poste demande des astreintes ou des interventions planifiées chez certains employeurs, ce que l'annonce gagne à préciser.
Compétences d'un architecte infrastructure, domaine par domaine
- Stockage bloc, fichier et objet
- Réseau de datacenter et segmentation
- Sauvegarde et restauration à grande échelle
- Réplication et liaisons entre sites
- Salles, matériel et cycle de vie
- Sécurité, automatisation et coûts
Cinq questions d'entretien et les réponses attendues
Chaque question vient avec ce qu'une bonne réponse contient et le signal qui doit vous alerter. Pas besoin d'être technique pour les poser : écoutez si le candidat raconte du vécu.
Question 1 · confirmé
Pour une nouvelle baie, comment choisissez-vous entre bloc, fichier et objet, puis entre Fibre Channel, iSCSI et NVMe/TCP ?
Une bonne réponseLe type d'accès suit les usages : bloc pour les bases et les datastores de VM, fichier (NFS, SMB) pour les partages et certaines applications, objet S3 pour les sauvegardes, les archives et les applications récentes. Pour le protocole, il regarde l'existant et les compétences : une fabric Fibre Channel en place et maîtrisée se garde, iSCSI passe sur Ethernet à moindre coût, NVMe/TCP réduit la latence sur Ethernet si les hyperviseurs et les systèmes le prennent en charge. Il part du profil réel des charges (IOPS, latence, taille des blocs) mesuré sur l'existant.
Signal d'alerteChoisir sur la fiche du constructeur sans mesurer les charges, ou « tout en NVMe » sans vérifier la compatibilité des hôtes.
Question 2 · senior
Le réseau du datacenter repose sur un cœur de deux châssis et du spanning tree. Vous le refaites : quelle architecture, et pourquoi ?
Une bonne réponseUne architecture leaf-spine : chaque leaf est relié à tous les spines, le routage en dessous (underlay en OSPF ou BGP) répartit le trafic sur tous les liens en ECMP, et un overlay EVPN-VXLAN transporte le niveau 2 là où il reste nécessaire. Les serveurs sont raccordés à deux leafs, les sorties et les pare-feu passent par des border leafs, l'administration par un réseau hors bande séparé. La latence entre deux serveurs devient prévisible et la capacité grandit en ajoutant des leafs ou des spines.
Signal d'alerteGarder le spanning tree en ajoutant des liens, ou ne pas savoir à quoi sert l'overlay.
Question 3 · senior
Après une attaque, il faut restaurer 300 VM et l'Active Directory. Comment concevez-vous la sauvegarde pour que la restauration tienne en 48 heures ?
Une bonne réponseIl raisonne en débit de restauration et non de sauvegarde : un dépôt sur disque rapide ou flash plutôt qu'une appliance de déduplication lente en lecture, des liens à 25 Gb/s, la restauration instantanée (démarrage depuis le dépôt) pour les applications prioritaires. Il prévoit un environnement de restauration isolé, un ordre écrit (annuaire, DNS, PKI, puis bases et applications), des copies immuables et l'analyse antivirus des points de restauration. Il mesure ce débit lors d'un exercice réel.
Signal d'alerteUn plan qui ne parle que de fenêtres de sauvegarde, ou une restauration lancée sur le réseau de production encore compromis.
Question 4 · senior
Vous reliez deux salles distantes de 30 km. Fibre noire, DWDM, liens opérateur : que choisissez-vous, et pour quels flux ?
Une bonne réponseDeux fibres noires sur des chemins physiquement différents, jamais dans le même fourreau, avec du DWDM pour transporter à la fois Ethernet et Fibre Channel. Il compte environ 5 µs de latence par kilomètre dans chaque sens, prévoit des buffer credits pour le Fibre Channel à distance et un chiffrement des liens (MACsec par exemple). Il liste les flux : réplication des baies, copies de sauvegarde, trafic applicatif, migration de VM. Il dimensionne les débits à partir du taux de modification des données et non du volume total.
Signal d'alerteUn seul lien opérateur « avec SLA », ou deux fibres qui passent par le même pont.
Question 5 · senior
La salle est limitée à 6 kW par baie et les nouveaux serveurs en demandent 15. Quelles options étudiez-vous ?
Une bonne réponseRépartir les serveurs sur plus de baies si la place et l'alimentation totale le permettent, ajouter du confinement d'allée chaude ou froide, de la climatisation en rangée ou des portes arrière refroidies, ou passer une partie en colocation à plus forte densité. Il vérifie la capacité des onduleurs et des tableaux, la double alimentation A/B, le poids au sol et l'effet sur la consommation globale. Pour du matériel très dense, il pose la question du refroidissement liquide.
Signal d'alerteInstaller les serveurs et surveiller la température, ou ne pas savoir distinguer puissance par baie et puissance totale de la salle.
Recevez la fiche d'entretien complète en PDF
La fiche pour mener l'entretien de bout en bout, prête à imprimer ou à partager avec le manager.
- 30 questions sur 6 axes, avec la bonne réponse, le signal d'alerte et la relance
- Le niveau visé pour chaque question
- Une mise en situation de 20 minutes et ce qu'on attend du candidat
- La grille d'évaluation de 1 à 4, axe par axe
Architecte infrastructure, les questions fréquentes
Architecte infrastructure ou responsable infrastructure : quel poste ouvrir ?
Le responsable infrastructure dirige une équipe, tient le budget et les prestataires, et répond du fonctionnement au quotidien. L'architecte infrastructure conçoit : il rédige les dossiers d'architecture, choisit les technologies et vérifie que les projets les respectent, sans encadrer l'équipe en général. Pour piloter le run et les contrats, le poste à ouvrir est celui de responsable. Si le besoin porte sur une refonte ou un renouvellement de socle, c'est un architecte.
Faut-il un spécialiste du stockage ou du réseau pour ce poste ?
Un architecte infrastructure a presque toujours un domaine d'origine, système, stockage ou réseau, et c'est normal. Ce qui compte, c'est qu'il raisonne juste sur les autres domaines : un profil réseau doit savoir ce qu'est un groupe de cohérence de réplication, un profil stockage doit comprendre un overlay EVPN. Le domaine d'origine se choisit selon les chantiers des deux prochaines années, et l'entretien vérifie les autres.
Comment évaluer un architecte infrastructure sans test technique de plusieurs heures ?
Avec une étude de cas de vingt minutes, chiffrée : une salle unique, des volumes, une distance possible pour un second site, des objectifs de reprise. Le candidat expose la cible, la trajectoire et les risques. Deux ou trois questions de diagnostic, une latence de stockage anormale par exemple, montrent s'il connaît le terrain. Faire commenter un schéma de ses projets passés complète bien l'exercice.
Quel document le candidat apporte-t-il avant l'entretien ?
Un extrait anonymisé d'un dossier d'architecture qu'il a rédigé, HLD ou DAT, si son employeur actuel le permet. On y voit la façon de poser les exigences, de présenter les options écartées et de chiffrer. À défaut, il dessine pendant l'entretien l'architecture d'un projet récent et commente ses choix. Un candidat qui ne sait pas expliquer pourquoi il a retenu une solution a souvent appliqué celle d'un autre.
Pour structurer vos autres entretiens, consultez aussi nos pages sur les questions d'entretien de recrutement, la méthode de l'entretien structuré et la grille d'évaluation d'entretien.





