Le poste est sédentaire et se tient entre le client, le bureau d'études et l'atelier. Dans une entreprise de chaudronnerie, de tôlerie fine, d'usinage, de mécano-soudure ou d'agencement, le deviseur reçoit les consultations, vérifie que la pièce est faisable, découpe la fabrication en opérations, consulte les fournisseurs et calcule un coût. Les annonces de cet automne le formulent toutes de la même manière : lire et interpréter les plans, estimer les temps et les coûts selon les procédés, rédiger les devis et suivre les réponses.
Une offre de Rethel le résume en une phrase : la connaissance concrète de l'usinage et du calcul des coûts compte plus que le diplôme. Un bon deviseur a souvent passé du temps en atelier ou aux méthodes. Il sait ce que coûtent une tolérance serrée, une soudure en position difficile ou un changement de série, et il le chiffre sans se réfugier derrière un coefficient multiplicateur.
L'entretien porte donc sur des plans réels, des gammes et des calculs. Un candidat solide explique d'où viennent ses temps, comment il traite les chutes de tôle, ce qu'il écrit dans le devis quand le plan est incomplet et comment il apprend de ses devis perdus. Le PDF propose 30 questions sur six axes et un exercice de chiffrage de 20 minutes.
Plans, temps, matières et documents du chiffrage
Lecture de plans et cotation
Le deviseur lit le cartouche (matière, indice du plan, traitement, état de surface), les cotes et les tolérances. La tolérance générale renvoie souvent à la norme ISO 2768 ; les tolérances géométriques suivent la cotation ISO GPS. Une tolérance serrée ou un état de surface exigeant change le procédé et le temps de contrôle.
Gamme de fabrication et bases de temps
La pièce se découpe en opérations : débit, découpe laser, pliage, usinage, soudage, parachèvement, montage, contrôle. Chaque opération a un temps de préparation, payé une fois par lot, et un temps unitaire. Les temps viennent des bases internes, des pièces comparables déjà fabriquées et de l'avis des méthodes ou de l'atelier.
Taux horaires et méthode de coût
Chaque poste de travail a un taux horaire : main-d'œuvre chargée, amortissement de la machine, énergie, maintenance, surface occupée. Le contrôle de gestion les fixe en général et les frais généraux s'ajoutent selon la méthode de l'entreprise. Le deviseur sait si son prix couvre le coût complet ou seulement le coût variable.
Matière, chutes et cours
Le poids d'une pièce de tôle se calcule à partir de la surface, de l'épaisseur et de la masse volumique (environ 7,85 kg/dm³ pour l'acier). Le prix tient compte du format de tôle acheté, de l'imbrication des pièces et des chutes. Les cours de l'acier, de l'inox et de l'aluminium bougent, et l'inox porte souvent un extra d'alliage variable.
Sous-traitance et traitements
Galvanisation à chaud (NF EN ISO 1461), peinture, traitements thermiques, usinage spécialisé, découpe jet d'eau. Chaque sous-traitant apporte un prix, un délai, un minimum de facturation et des contraintes de conception. Le transport aller-retour et le risque de reprise font partie du coût.
Exigences qualité et documents
Certificats matière selon la norme EN 10204 (type 2.2 ou 3.1), rapports de contrôle dimensionnel, premier article, qualification des soudeurs. Pour une structure en acier marquée CE, la norme EN 1090 impose une classe d'exécution (EXC1 à EXC4) et une certification du contrôle de production en usine. Chaque exigence a un coût.
ERP, CAO et outils de chiffrage
Module de devis de l'ERP (Clipper, Silog, Divalto, Sage X3 et autres), tableur maison, logiciel d'imbrication pour la tôlerie, visionneuse ou logiciel de CAO (SolidWorks, TopSolid, AutoCAD) pour mesurer un modèle 3D. Un fichier 3D permet de calculer surfaces, longueurs de découpe et poids sans tout remesurer à la main.
Devis, indice de plan et révision de prix
Le devis reprend l'indice du plan chiffré, les quantités, les hypothèses retenues, les exclusions, le délai et son point de départ, la durée de validité et, s'il y a lieu, une clause de révision indexée sur un indice publié. Un devis précis évite de découvrir un désaccord au moment de la facture.
Le titre recouvre plusieurs réalités. Dans une PME de tôlerie, d'usinage ou de mécano-soudure, le technico-commercial deviseur chiffre la plupart des affaires et répond lui-même aux clients. Dans un groupe industriel, il s'appelle parfois chargé d'offres techniques et prépare les réponses aux appels d'offres des grands donneurs d'ordre, aux normes du secteur client. Dans l'agencement ou le second œuvre, il chiffre à partir de plans d'architecte et de descriptifs. Il rend compte au directeur commercial ou au dirigeant et travaille au quotidien avec le bureau d'études, les méthodes, les achats et le chef d'atelier. Les annonces demandent une formation technique (mécanique, productique, tôlerie) ou une expérience d'atelier, et la maîtrise d'Excel revient presque partout.
Les savoir-faire attendus d'un deviseur
- Lecture de plans et de cahiers des charges
- Estimation des temps de fabrication
- Matières, achats et sous-traitance
- Prix de revient et prix de vente
- Rédaction du devis et délais
- Négociation, relances et retour d'expérience
Cinq questions de chiffrage avec les réponses attendues
Chaque question vient avec ce qu'une bonne réponse contient et le signal qui doit vous alerter. Pas besoin d'être technique pour les poser : écoutez si le candidat raconte du vécu.
Question 1 · confirmé
Comment estimez-vous le temps de fabrication d'une pièce mécano-soudée que l'atelier n'a jamais faite ?
Une bonne réponseIl découpe la pièce en gamme : débit, découpe, pliage, préparation des bords, pointage, soudage (longueur de cordon, position, nombre de passes), redressage, parachèvement, contrôle. Il sépare le temps de préparation, payé une fois par lot, du temps unitaire. Il s'appuie sur les bases de temps et sur des pièces comparables, fait valider les points incertains par les méthodes ou le chef d'atelier et garde une trace de ses hypothèses pour le post-calcul.
Signal d'alerteUn temps global « au ressenti », sans gamme ni comparaison avec des pièces déjà faites.
Question 2 · confirmé
Vous avez la gamme, les temps et la matière d'une pièce. Quelles étapes vous mènent au prix de vente ?
Une bonne réponseIl additionne matière, achats et sous-traitance, temps multipliés par les taux horaires de chaque poste, frais propres à l'affaire (outillage, emballage, transport, contrôle) et frais généraux selon la méthode de l'entreprise : c'est le prix de revient. Il applique ensuite la marge prévue par la politique commerciale, compare au prix du marché et à l'historique du client, et sait dire ce que couvre le prix s'il doit baisser.
Signal d'alerte« Je multiplie la matière par trois », sans savoir ce que couvre le coefficient.
Question 3 · confirmé
Le prix de l'inox a beaucoup varié depuis le dernier devis envoyé au même client. Comment protégez-vous votre prix ?
Une bonne réponseIl consulte le fournisseur pour un prix à jour, réduit la durée de validité du devis, indique la base matière retenue et, sur une affaire longue, propose une clause de révision indexée sur un indice publié ou sur l'extra d'alliage. Il peut aussi acheter la matière dès la commande pour figer le coût.
Signal d'alerteReprendre l'ancien prix matière par habitude ou par peur de perdre l'affaire.
Question 4 · confirmé
Un plan porte une tolérance générale ISO 2768-mK et trois cotes à ±0,02 mm. Qu'est-ce que cela change à votre chiffrage ?
Une bonne réponseLa tolérance générale moyenne ne pose pas de difficulté particulière. Les trois cotes serrées imposent un procédé plus précis ou une reprise d'usinage, un temps de contrôle plus long, parfois un passage en machine de mesure, et un risque de rebut à intégrer. Il en parle avec les méthodes et demande au client si ces cotes sont fonctionnelles : les desserrer peut faire baisser le prix.
Signal d'alerteNe pas lire le cartouche et chiffrer la pièce comme si toutes les cotes étaient à la tolérance générale.
Question 5 · confirmé
Votre taux de transformation est de 15 %. Comment savez-vous si vos devis sont trop chers ou si vous chiffrez les mauvaises affaires ?
Une bonne réponseIl analyse les devis perdus par client, par famille de pièces et par taille d'affaire, demande la raison aux clients, compare l'écart de prix quand il est connu et regarde le délai proposé. Il en tire deux décisions : mieux choisir les consultations auxquelles il répond, et revoir les bases ou les taux qui le rendent cher là où il perd.
Signal d'alerteBaisser tous les prix de 10 % sans analyse.
Recevez la fiche d'entretien complète en PDF
La fiche pour mener l'entretien de bout en bout, prête à imprimer ou à partager avec le manager.
- 30 questions sur 6 axes, avec la bonne réponse, le signal d'alerte et la relance
- Le niveau visé pour chaque question
- Une mise en situation de 20 minutes et ce qu'on attend du candidat
- La grille d'évaluation de 1 à 4, axe par axe
Le métier de deviseur en quatre questions
Quelle formation pour devenir technico-commercial deviseur ?
Les annonces demandent le plus souvent un bac+2 technique, BTS ou BUT en mécanique, productique, conception ou chaudronnerie, parfois un diplôme d'ingénieur, ou un parcours commercial avec un goût marqué pour l'industrie. Beaucoup d'employeurs placent l'expérience au-dessus du diplôme : un ancien tôlier, usineur ou technicien des méthodes qui sait lire un plan et estimer un temps devient souvent un bon deviseur après quelques mois d'accompagnement.
Quel test technique pour un poste de deviseur ?
Un plan réel de l'entreprise, simplifié si besoin, avec une quantité et un délai. Le candidat écrit la gamme, estime les temps, calcule la matière et propose un prix de revient avec les taux horaires fournis. L'exercice tient en vingt minutes et se commente à voix haute : la méthode et les hypothèses comptent plus que le chiffre exact. Une question sur un devis perdu complète bien l'exercice.
Deviseur, chiffreur, chargé d'offres : est-ce le même métier ?
Ces titres se recouvrent largement. Le chiffreur ou deviseur calcule le coût et le prix ; le technico-commercial deviseur ajoute la relation client, la négociation et la relance des devis ; le chargé d'offres techniques prépare souvent des réponses plus lourdes à des appels d'offres de grands donneurs d'ordre. L'entretien se règle sur la part de vente réellement attendue, que l'annonce et le rattachement hiérarchique indiquent.
Quelles erreurs d'un deviseur coûtent le plus cher ?
Les oublis récurrents : un traitement ou un contrôle exigé par le cahier des charges, des chutes de tôle non comptées, des temps de réglage ignorés sur des petites séries, une validité de devis trop longue quand la matière flambe, un indice de plan non vérifié à la commande. Chacune se répète sur toute la série. Un bon candidat cite les siennes et explique ce qu'il a changé dans sa méthode.
Pour structurer vos autres entretiens, consultez aussi nos pages sur les questions d'entretien de recrutement, la méthode de l'entretien structuré et la grille d'évaluation d'entretien.




