Le titre recouvre un métier précis, issu de l'ergonomie et de la psychologie cognitive. L'ergonome IHM observe l'activité réelle des utilisateurs, la compare à la tâche décrite dans le cahier des charges, audite des écrans avec des critères explicites, organise des tests avec des mesures d'efficacité, d'efficience et de satisfaction, puis spécifie et recette les interfaces. On le croise chez les éditeurs, dans les DSI et en prestation, sur des logiciels de gestion, des outils internes ou des postes d'opérateurs. Des questions d'entretien d'ergonome IHM utiles portent sur ces gestes de métier.
Le risque vient des profils qui confondent ergonomie et goût graphique. Un candidat solide cite les critères de Bastien et Scapin ou l'ISO 9241-110, rattache chaque défaut à une tâche gênée et à une gravité, et sait dire ce qu'une évaluation experte ne remplace pas. L'ergonome de santé au travail est un autre profil : postes physiques et TMS relèvent d'un autre métier.
Un rapport d'audit ou de test réel, même anonymisé, et le commentaire d'un écran du logiciel concerné font la différence. Le PDF contient 30 questions, un cas de 20 minutes et une grille de 1 à 4.
Normes, critères et méthodes de l'ergonome IHM
Analyse de l'activité
Le point de départ de l'ergonomie à la française. L'ergonome compare la tâche prescrite, celle des procédures et du cahier des charges, à l'activité réelle observée au poste : contournements, interruptions, outils annexes. Les écarts guident la conception. Un candidat qui n'a jamais observé d'utilisateurs à leur poste n'a fait qu'une partie du métier.
Analyse hiérarchique des tâches
Un découpage du but de l'utilisateur en sous-buts et en opérations, avec les règles d'enchaînement. Elle sert à repérer les étapes fréquentes, les points d'erreur et l'information nécessaire à chaque moment, et à écrire les scénarios de test et de recette.
Critères de Bastien et Scapin
Les critères ergonomiques publiés par Christian Bastien et Dominique Scapin dans un rapport de l'INRIA de 1993 : guidage, charge de travail, contrôle explicite, adaptabilité, gestion des erreurs, homogénéité, signifiance des codes et dénominations, compatibilité. Ils se déclinent en 18 critères élémentaires et restent très utilisés en France pour les audits. Les heuristiques de Jakob Nielsen jouent le même rôle dans les équipes anglophones.
ISO 9241 (parties 11, 110, 210)
La série de normes de référence sur l'ergonomie de l'interaction. La partie 11 définit l'utilisabilité par l'efficacité, l'efficience et la satisfaction dans un contexte donné. La partie 110, révisée en 2020, fixe sept principes d'interaction. La partie 210, mise à jour en 2019, décrit la conception centrée sur l'humain. Un bon candidat s'en sert pour écrire des exigences mesurables.
Tests utilisateurs et SUS
Des séances où des utilisateurs réalisent des tâches réelles sur un prototype ou un logiciel. On mesure le taux de réussite, le temps, les erreurs, et la satisfaction avec un questionnaire comme le SUS (System Usability Scale, dix items, score de 0 à 100). La pensée à voix haute explique les chiffres mais ralentit l'exécution.
Psychologie cognitive appliquée
Mémoire de travail, attention, automatismes, types d'erreurs humaines, loi de Fitts sur la taille et la distance des cibles. Ces notions expliquent pourquoi un opérateur se trompe de ligne ou rate un message. La charge mentale se mesure, par exemple avec le NASA-TLX.
Maquettage et spécification (Figma, Axure)
L'ergonome produit des maquettes filaires puis des prototypes interactifs, et surtout des spécifications : états des écrans, règles de saisie, messages d'erreur, ordre de tabulation. Figma domine, Axure reste présent pour les prototypes à logique complexe. Une spécification réelle vaut mieux qu'une maquette finale.
RGAA et accessibilité
Le RGAA, en version 4.1.2, est le référentiel d'accessibilité numérique applicable en France. La DINUM annonce une version 5 pour décembre 2026, alignée sur les WCAG 2.2 et la norme EN 301 549 v4.1.1. L'ergonome n'est pas auditeur d'accessibilité, mais il intègre les bases dès les maquettes.
L'ergonome IHM travaille chez un éditeur de logiciels, dans une DSI qui développe ses outils internes, ou en prestation, où il intervient sur plusieurs projets à la fois. Selon les cas, il pèse sur toute la conception ou il arrive tard, pour auditer des écrans et faire corriger les défauts les plus graves avant la mise en production. Les formations sont souvent des masters d'ergonomie ou de psychologie cognitive. Le titre se mélange dans les annonces avec UX designer et UX researcher. La différence se voit sur la méthode : l'ergonome raisonne en activité, en critères et en mesures. Le poste se distingue de l'ergonome en santé au travail, et de sa variante sur les systèmes critiques, plus normée.
Les compétences d'un ergonome IHM à vérifier
- Analyse de l'activité réelle
- Évaluation experte sur critères et normes
- Tests utilisateurs avec mesures
- Psychologie cognitive appliquée
- Spécification d'IHM détaillée
- Exigences et recette ergonomiques
Activité, audit, mesures : cinq questions pour un ergonome IHM
Chaque question vient avec ce qu'une bonne réponse contient et le signal qui doit vous alerter. Pas besoin d'être technique pour les poser : écoutez si le candidat raconte du vécu.
Question 1 · confirmé
Le cahier des charges décrit la saisie d'un dossier en six étapes. Comment vérifiez-vous ce que les agents font réellement ?
Une bonne réponseIl distingue la tâche prescrite de l'activité réelle. Il observe plusieurs agents à leur poste, sur des dossiers ordinaires et sur des cas difficiles, note les interruptions, les allers-retours entre applications, les fichiers Excel et les notes à côté de l'écran. Il complète par des entretiens d'explicitation sur des dossiers récents. Il revient au cahier des charges avec les écarts constatés et ce qu'ils impliquent pour l'IHM.
Signal d'alerteIl reprend les six étapes du cahier des charges comme base de maquette, ou se contente d'un atelier avec les chefs de service.
Question 2 · confirmé
Vous auditez un écran de gestion avant sa mise en production. Avec quels critères travaillez-vous, et comment présentez-vous un défaut ?
Une bonne réponseAvec une grille explicite : les critères de Bastien et Scapin (guidage, charge de travail, contrôle explicite, adaptabilité, gestion des erreurs, homogénéité, signifiance des codes et dénominations, compatibilité), les heuristiques de Nielsen ou les principes d'interaction de l'ISO 9241-110. Chaque défaut est localisé, rattaché à un critère, illustré par la tâche qu'il gêne, noté en gravité et accompagné d'une recommandation. Il précise qu'une évaluation experte ne remplace pas un test avec des utilisateurs.
Signal d'alerte« Ça ne me plaît pas », des remarques de goût graphique, ou une liste de défauts sans gravité ni lien avec les tâches.
Question 3 · confirmé
Vous comparez l'ancien et le nouvel écran de saisie avec des utilisateurs. Que mesurez-vous, et comment organisez-vous la séance ?
Une bonne réponseDes scénarios réalistes identiques pour les deux versions, un ordre de passage contrebalancé pour éviter l'effet d'apprentissage, et des mesures liées à l'ISO 9241-11 : taux de réussite, temps par tâche, nombre et type d'erreurs, puis un questionnaire de satisfaction comme le SUS. Il ajoute l'observation et la verbalisation pour expliquer les chiffres. Sur un petit échantillon, il parle de tendances, sans prétendre à une preuve statistique.
Signal d'alerteIl montre les deux versions et demande laquelle les participants préfèrent.
Question 4 · confirmé
Les opérateurs se trompent souvent de client dans une liste de résultats. Quelle analyse faites-vous avant de proposer une solution ?
Une bonne réponseIl cherche le type d'erreur : un raté d'exécution (la bonne intention, le mauvais clic sur une ligne voisine) ou une erreur de décision (des homonymes impossibles à distinguer avec les colonnes affichées). Il regarde la densité de la liste, les informations qui permettent de différencier deux lignes, la taille des cibles, les interruptions. Il propose selon la cause : colonnes discriminantes, confirmation avec rappel de l'identité, mise en évidence de l'homonymie.
Signal d'alerte« Il faut ajouter un message de confirmation » sans analyser la cause, ou « les utilisateurs doivent faire attention ».
Question 5 · junior à confirmé
Comment rédigez-vous un message d'erreur sur un formulaire de saisie ?
Une bonne réponseLe message dit ce qui ne va pas et comment corriger, dans les mots de l'utilisateur, à côté du champ concerné, sans effacer la saisie. Il évite le code technique et la culpabilisation. Il préfère prévenir l'erreur (format indiqué, contrôle à la saisie, valeurs proposées) plutôt que la signaler après validation. Pour l'accessibilité, le message est associé au champ et ne repose pas uniquement sur la couleur.
Signal d'alerte« Erreur 4012 : saisie invalide » en haut de page, champs vidés.
Recevez la fiche d'entretien complète en PDF
La fiche pour mener l'entretien de bout en bout, prête à imprimer ou à partager avec le manager.
- 30 questions sur 6 axes, avec la bonne réponse, le signal d'alerte et la relance
- Le niveau visé pour chaque question
- Une mise en situation de 20 minutes et ce qu'on attend du candidat
- La grille d'évaluation de 1 à 4, axe par axe
Ergonome IHM : questions fréquentes
Ergonome IHM ou UX designer : quelle différence ?
Les deux conçoivent des interfaces, avec des points de départ différents. L'ergonome IHM part de l'analyse de l'activité, de critères et de normes, et mesure l'utilisabilité. Le UX designer couvre plus souvent le parcours complet et la partie visuelle, avec une approche plus produit. Pour un logiciel métier complexe ou un projet avec cahier des charges et recette, l'ergonome est souvent mieux armé. Sur le CV, la méthode compte avant le titre affiché.
Quelle formation attendre d'un ergonome IHM ?
Le plus souvent un master en ergonomie, en psychologie cognitive ou en interaction humain-machine, parfois une école d'ingénieurs avec une spécialisation en facteurs humains. La formation donne la méthode d'analyse de l'activité et la culture des normes. Elle ne dit rien de la capacité à convaincre une équipe de développement. Comptent les projets menés, la nature des livrables et la façon dont les recommandations ont été appliquées.
Quel test technique proposer à un ergonome IHM ?
Un audit court d'un écran réel du logiciel concerné, anonymisé si besoin. Vingt minutes suffisent pour relever les défauts, les rattacher à des critères, leur donner une gravité et proposer une correction, avant de présenter le résultat. On voit si la personne raisonne en tâches et en critères ou en goût personnel. Une question complète l'exercice : comment vérifier ces défauts avec des utilisateurs.
Faut-il exiger la maîtrise de Figma ?
Une pratique courante de Figma est utile, car c'est l'outil des équipes de conception et des développeurs qui reçoivent les maquettes. Elle ne doit pas devenir le critère principal. Un ergonome qui produit des spécifications précises et teste avec des utilisateurs apporte plus qu'un candidat aux maquettes soignées sans méthode. Une spécification réelle avec ses états et ses règles de saisie plutôt qu'une maquette finale.
Pour structurer vos autres entretiens, consultez aussi nos pages sur les questions d'entretien de recrutement, la méthode de l'entretien structuré et la grille d'évaluation d'entretien.





