Un data manager clinique prend en charge les données d'un essai du protocole jusqu'à la base gelée. Il conçoit ou fait paramétrer l'eCRF dans un outil EDC (Medidata Rave, Veeva Vault EDC, Ennov Clinical, REDCap), rédige le plan de data management, spécifie les contrôles de cohérence, suit les queries envoyées aux centres, fait coder les termes médicaux et réconcilie les données des prestataires. On le recrute chez les laboratoires, dans les CRO, dans les biotechs et chez les promoteurs académiques, notamment les CHU.
Les CV se ressemblent beaucoup sur ce poste. Tous mentionnent un outil EDC, des queries et MedDRA. La différence se voit sur des situations précises : un contrôle mal écrit qui inonde un centre de queries, deux événements indésirables graves qui ne figurent pas dans les deux bases, un fichier de laboratoire dont les numéros de patients ne correspondent pas, une base qu'il faudrait rouvrir après le gel.
Commencez par un premier échange sur les études suivies : phase, aire thérapeutique, nombre de centres. Un data manager qui a géré un essai à 80 centres ne raconte pas les queries comme celui qui a suivi une étude monocentrique.
Outils et référentiels d'un data manager d'essais cliniques
EDC et eCRF
L'EDC est le logiciel dans lequel les centres saisissent les données des patients, et l'eCRF le formulaire électronique de l'étude. Medidata Rave et Veeva Vault EDC dominent chez les laboratoires, Ennov Clinical est un éditeur français, REDCap est très répandu dans la recherche académique. Les logiques changent peu d'un outil à l'autre.
Plan de data management et CRF annoté
Le plan de data management (DMP) décrit comment les données seront collectées, contrôlées, codées et gelées. Le CRF annoté indique, pour chaque champ, la variable SDTM correspondante. Ces documents sont relus lors des audits et des inspections.
Contrôles de cohérence et queries
Les contrôles automatiques (edit checks) vérifient les valeurs à la saisie : champ obligatoire vide, date incohérente, valeur hors limites. Quand une donnée pose question, le data manager ou l'attaché de recherche clinique ouvre une query, et seul le centre corrige la donnée dans l'EDC. Une bonne partie du métier se joue sur la qualité de ces contrôles.
Codage médical : MedDRA et WHODrug
MedDRA sert à coder les événements indésirables et les antécédents médicaux, WHODrug les traitements concomitants. Le codage transforme un texte libre saisi par le centre en terme standard, condition pour compter les événements dans les tables. MedDRA publie deux versions par an, ce qui oblige à fixer une politique de mise à jour.
Données externes
Laboratoire central, questionnaires remplis par le patient (ePRO), système de randomisation et de gestion des traitements (IRT), électrocardiogrammes lus de façon centralisée. Chaque prestataire envoie ses fichiers selon un accord de transfert, et le data manager les rapproche de l'eCRF.
Réconciliation des événements indésirables graves
Les événements indésirables graves sont déclarés à la pharmacovigilance dans une base dédiée et saisis aussi dans l'eCRF. Le data manager compare régulièrement les deux sources et fait corriger les écarts avant le gel. Un oubli à cette étape peut fausser la tolérance du produit.
CDASH et SDTM
CDASH normalise les champs de collecte, SDTM le format des données livrées aux statisticiens et aux agences. Un eCRF construit sur CDASH facilite la conversion en SDTM, que fait souvent un programmeur statistique. Le data manager n'a pas à programmer SDTM mais doit en connaître la logique.
Cadre réglementaire
Les bonnes pratiques cliniques ICH E6, dont la révision R3 s'applique dans l'Union européenne depuis juillet 2025, le 21 CFR Part 11 américain sur les enregistrements et signatures électroniques, le règlement européen 536/2014 sur les essais cliniques et, en France, le RGPD avec les méthodologies de référence de la CNIL, comme MR-001. Demandez ce que chaque texte change dans le travail quotidien.
SAS, SQL et listings de revue
Beaucoup d'équipes demandent de quoi écrire des listings de contrôle en SAS ou en SQL, ou de manipuler un outil de revue de données. Ce n'est pas le cœur du métier, mais un data manager qui sait programmer ses propres contrôles croisés gagne en autonomie.
Le poste change selon l'employeur. Dans une CRO, le data manager suit plusieurs études pour différents promoteurs, avec leurs outils et leurs procédures. Chez un laboratoire, il supervise souvent le travail confié à une CRO et garde la responsabilité de la qualité. Chez un promoteur académique, il conçoit lui-même l'eCRF, souvent dans REDCap ou Ennov, avec moins de standards CDISC et des équipes plus petites. Les études de phase I demandent des délais courts entre la dernière visite et le gel, les grandes phases III beaucoup de centres et de données externes. Les procédures écrites (SOP) et les documents du dossier de l'étude sont relus en audit et en inspection.
Six compétences à tester chez un clinical data manager
- Conception et test de l'eCRF
- Contrôles de cohérence et gestion des queries
- Codage MedDRA et WHODrug
- Données externes et réconciliation des EIG
- Gel de base et clôture de l'étude
- Conformité BPC, Part 11 et RGPD
De l'eCRF au gel : cinq questions pour le data manager clinique
Chaque question vient avec ce qu'une bonne réponse contient et le signal qui doit vous alerter. Pas besoin d'être technique pour les poser : écoutez si le candidat raconte du vécu.
Question 1 · confirmé
L'eCRF d'une nouvelle étude doit ouvrir aux centres dans trois semaines. Comment organisez-vous les tests avant la mise en production ?
Une bonne réponseDes tests d'acceptation (UAT) écrits à partir des spécifications, dans un environnement de test : chaque contrôle avec un cas qui doit déclencher la query et un cas qui ne doit pas, les champs dérivés, les formulaires qui apparaissent sous condition, les rôles et les droits. Les résultats sont tracés, les anomalies corrigées puis retestées, et une validation signée précède l'ouverture. Après la mise en production, tout changement passe par la gestion des modifications.
Signal d'alerteCliquer sur les écrans pour voir s'ils s'affichent, tester directement en production, ou ne tester que les cas où les données sont correctes.
Question 2 · confirmé
Un contrôle de cohérence génère 400 queries en une semaine sur un seul centre. Que faites-vous ?
Une bonne réponseIl regarde d'abord si le contrôle est en cause : une règle mal spécifiée qui se déclenche à tort se corrige, puis les queries concernées sont fermées selon la procédure. Si le contrôle est juste, le problème vient du centre (mauvaise compréhension d'un champ, nouvel intervenant), et il passe par l'attaché de recherche clinique pour une explication ou une formation. Il suit les indicateurs de queries par centre pour repérer ce type de dérive tôt.
Signal d'alerteLaisser les 400 queries au centre sans analyser, ou modifier lui-même les données saisies par le centre pour les fermer.
Question 3 · junior à confirmé
Un centre a saisi « mal de tête après la prise » comme événement indésirable. Comment le codez-vous dans MedDRA, et que faites-vous d'un terme vague comme « douleur » ?
Une bonne réponseLe lien avec la prise relève de l'imputabilité, recueillie dans un autre champ ; le terme se code en céphalée, au niveau du terme le plus bas (LLT), qui remonte au terme préféré et à la classe d'organe des affections du système nerveux. Un terme comme « douleur » sans localisation ne se code pas au hasard : une query demande la précision au centre. Les conventions de codage de l'étude encadrent ces cas.
Signal d'alerteCoder « douleur » au terme le plus proche sans demander, ou modifier le texte saisi par le centre.
Question 4 · confirmé
La base de pharmacovigilance compte douze événements indésirables graves, la base clinique onze. Comment menez-vous la réconciliation ?
Une bonne réponseIl compare les deux sources sur des champs définis dans le plan : patient, terme, date de début, critère de gravité, évolution, imputabilité. Il liste tous les écarts, pas seulement le cas manquant, et les fait corriger par le centre ou par la pharmacovigilance selon la source fautive, à la fréquence prévue dans le plan de data management et obligatoirement avant le gel.
Signal d'alerteRecopier les données de la pharmacovigilance dans l'eCRF, ou ne vérifier que le nombre de cas.
Question 5 · confirmé à senior
La veille du gel de base, qu'est-ce que vous vérifiez avant de le prononcer ?
Une bonne réponseToutes les pages attendues saisies, les queries fermées, la vérification des données sources faite selon le plan de monitoring, le codage terminé et validé, la réconciliation des EIG et des données externes faite, le dernier transfert des prestataires reçu, les signatures électroniques des investigateurs, la revue des données avec le statisticien. Une liste de contrôle signée par les parties précède le retrait des droits d'écriture.
Signal d'alerte« La date est fixée, on gèle », avec des queries ouvertes et un codage incomplet.
Recevez la fiche d'entretien complète en PDF
La fiche pour mener l'entretien de bout en bout, prête à imprimer ou à partager avec le manager.
- 30 questions sur 6 axes, avec la bonne réponse, le signal d'alerte et la relance
- Le niveau visé pour chaque question
- Une mise en situation de 20 minutes et ce qu'on attend du candidat
- La grille d'évaluation de 1 à 4, axe par axe
Recruter en data management clinique : les doutes fréquents
Quelle différence entre un data manager clinique et un attaché de recherche clinique ?
L'attaché de recherche clinique (ARC) se rend dans les centres, vérifie les données par rapport aux dossiers des patients et accompagne les équipes de l'investigateur. Le data manager travaille sur la base : il conçoit l'eCRF, écrit les contrôles, analyse les données de toute l'étude et suit les queries. Les deux échangent sans arrêt. Un ARC qui veut passer au data management connaît le terrain, il lui reste souvent à apprendre la conception des contrôles et le gel de base.
Medidata Rave, Ennov ou REDCap : faut-il exiger l'outil de votre étude ?
Pas forcément. Les principes sont les mêmes d'un outil EDC à l'autre : formulaires, contrôles, queries, rôles, piste d'audit. Une personne qui a conçu et testé un eCRF dans un outil prend en main le suivant en quelques semaines. L'exigence se justifie quand le poste demande de programmer des contrôles avancés dans le langage propre à l'outil, ou quand l'étude démarre tout de suite sans temps de formation.
Un data manager clinique doit-il savoir programmer ?
Ce n'est pas toujours exigé, mais c'est un vrai plus. Écrire des listings de contrôle en SAS ou en SQL permet de vérifier la cohérence entre formulaires et entre visites sans attendre un programmeur. Si vous l'attendez, un test technique court suffit : un extrait de données d'essai fictives où repérer des incohérences de dates, de doses ou d'unités. Pour le reste, la conception des contrôles compte davantage que le langage.
Le data manager clinique construit-il l'EDC ou en rédige-t-il les spécifications ?
Cela dépend de l'organisation, et c'est à préciser dans l'offre. Dans certaines équipes, le data manager écrit les spécifications de l'eCRF et des contrôles, puis un programmeur EDC les paramètre. Dans d'autres, il construit lui-même les formulaires et les contrôles dans l'outil. Demandez au candidat ce qu'il a fait de ses mains sur sa dernière étude : spécifications, paramétrage, tests d'acceptation, ou les trois. Un profil qui n'a fait que relire des spécifications aura besoin d'accompagnement sur un poste de construction.
Pour structurer vos autres entretiens, consultez aussi nos pages sur les questions d'entretien de recrutement, la méthode de l'entretien structuré et la grille d'évaluation d'entretien.




