Un biostatisticien en essais cliniques intervient dès le protocole. Il calcule le nombre de patients, choisit la méthode de randomisation, écrit le plan d'analyse statistique (SAP), puis supervise les jeux de données d'analyse au format CDISC ADaM et les tableaux du rapport d'étude. Il siège parfois auprès d'un comité indépendant de surveillance (DSMB) et répond aux questions de l'ANSM, de l'EMA ou de la FDA. En CRO, il gère plusieurs études pour des promoteurs différents. Chez un laboratoire, il suit un produit sur plusieurs phases.
Le risque, pour un recruteur, est de confondre biostatisticien et programmeur statistique. Les deux citent SAS et ADaM sur leur CV. Le biostatisticien, lui, sait définir un estimand selon l'addendum ICH E9(R1), défendre une stratégie de contrôle du risque alpha, prévoir une analyse intermédiaire sans lever l'aveugle du promoteur et justifier le traitement des données manquantes. Ces sujets se vérifient en vingt minutes de questions bien choisies.
Le poids à donner aux questions SAS dépend du poste : programmation ADaM ou seulement sa supervision, le manager peut le préciser avant l'entretien. Un senior mérite en plus une discussion sur un échange réel avec une autorité de santé.
Le cadre et les outils d'un biostatisticien en recherche clinique
ICH E9 et addendum E9(R1)
La ligne directrice internationale sur les principes statistiques des essais cliniques, complétée en 2020 par un addendum sur les estimands. Un estimand décrit précisément l'effet du traitement que l'essai veut mesurer, y compris le sort des patients qui arrêtent le traitement ou prennent un traitement de secours. Les autorités attendent ce vocabulaire dans les protocoles récents.
ICH E6(R3) et designs adaptatifs (E20)
E6(R3) fixe les bonnes pratiques cliniques ; ses principes s'appliquent dans l'Union européenne depuis le 23 juillet 2025. La ligne directrice E20 sur les designs adaptatifs est encore à l'état de projet après sa consultation publique de 2025. Un profil senior connaît leur contenu et l'impact sur la qualité des données.
SAS
Le logiciel historique de l'industrie, avec les procédures MIXED, PHREG, LIFETEST ou GENMOD et un environnement validé. Les tableaux de résultats sont souvent vérifiés par double programmation indépendante. Le biostatisticien n'écrit pas forcément tout le code, mais il doit lire une sortie SAS et repérer une option mal choisie.
R et pharmaverse
R progresse dans les équipes cliniques, porté par le réseau pharmaverse : admiral pour construire les ADaM, rtables, tern, gtsummary ou Tplyr pour les tableaux. La FDA n'impose aucun logiciel pour les analyses soumises, à condition qu'elles soient documentées et reproductibles. Demandez dans quel contexte validé la personne a utilisé R.
CDISC : SDTM, ADaM et define.xml
Les standards de données exigés pour les soumissions à la FDA et à l'agence japonaise. SDTM organise les données collectées, ADaM les met en forme pour l'analyse (ADSL pour un patient par ligne, BDS pour les mesures répétées, ADTTE pour les délais de survenue). Le guide d'implémentation ADaMIG v1.3 est la version en vigueur. Le fichier define.xml décrit chaque variable.
Pinnacle 21 et contrôles de conformité
L'outil le plus répandu pour vérifier la conformité des jeux SDTM et ADaM aux règles CDISC avant soumission. Le biostatisticien n'a pas à corriger chaque message, mais il doit savoir lesquels bloquent un dossier et comment justifier ceux qui restent dans le guide de revue des données.
Calcul d'effectif (nQuery, East, PASS)
Des logiciels spécialisés pour calculer le nombre de patients ou d'événements, simuler des designs avec analyses intermédiaires et des règles d'arrêt. Beaucoup d'équipes complètent par des simulations en R ou SAS. La question à poser porte sur les hypothèses retenues, plus que sur l'outil.
Randomisation et IWRS
Les systèmes interactifs (IWRS) attribuent les traitements selon la liste de randomisation, stratifiée par centre ou par facteur pronostique, et gèrent l'aveugle. Le biostatisticien rédige les spécifications de la liste et vérifie qu'elle respecte les strates prévues.
Le quotidien diffère entre CRO et promoteur. En CRO, le biostatisticien enchaîne les études de promoteurs variés, souvent en phase II ou III, avec des délais contractuels et des équipes de programmeurs à coordonner. Chez un laboratoire ou une biotech, il porte la stratégie statistique d'un produit, discute avec les cliniciens dès la conception et prépare les échanges avec les autorités. Dans le dispositif médical ou la santé animale, les règles changent mais les méthodes restent proches. Les offres demandent presque toujours SAS, souvent R, et la connaissance d'ICH E9. L'entretien doit vérifier la capacité à défendre des choix méthodologiques devant une autorité.
Points de contrôle pour un biostatisticien essais cliniques
- Calcul d'effectif et randomisation
- Estimands et événements intercurrents
- Multiplicité et contrôle du risque alpha
- Analyses intermédiaires et designs adaptatifs
- Analyse de survie
- Livrables CDISC et programmation validée
Cinq mises en situation pour un biostatisticien essais cliniques
Chaque question vient avec ce qu'une bonne réponse contient et le signal qui doit vous alerter. Pas besoin d'être technique pour les poser : écoutez si le candidat raconte du vécu.
Question 1 · confirmé
Dans un essai sur le diabète de type 2, le critère principal est l'HbA1c à 26 semaines et certains patients reçoivent un traitement de secours. Comment définissez-vous l'estimand ?
Une bonne réponseAvec les attributs de l'addendum ICH E9(R1) : traitement, population, variable, événements intercurrents et résumé au niveau de la population. Pour le traitement de secours, la personne choisit une stratégie selon la question posée : politique de traitement (on garde la mesure quel que soit le secours), hypothétique (effet si le secours n'avait pas existé), composite ou pendant le traitement. Elle aligne ensuite l'analyse principale et les analyses de sensibilité sur cet estimand.
Signal d'alerte« On fait une analyse en intention de traiter avec imputation de la dernière valeur observée », sans parler de la question clinique ni des événements intercurrents.
Question 2 · confirmé
Comment calculez-vous l'effectif d'un essai de supériorité dont le critère principal est la survie sans progression ?
Une bonne réponseLa puissance dépend du nombre d'événements, pas directement du nombre de patients. La personne part du hazard ratio attendu, de l'alpha (souvent 5 % bilatéral) et de la puissance pour obtenir le nombre d'événements (formule de Schoenfeld), puis déduit les patients à inclure à partir de la durée de recrutement, du suivi, de la médiane attendue dans le bras contrôle et des perdues de vue. Elle ajuste si des analyses intermédiaires sont prévues.
Signal d'alerteUn calcul de comparaison de moyennes ou de proportions appliqué à un critère de survie, sans notion d'événements.
Question 3 · confirmé
L'essai teste deux doses contre placebo et trois critères secondaires doivent figurer dans le résumé des caractéristiques du produit. Comment contrôlez-vous le risque alpha ?
Une bonne réponseUn contrôle du risque global (FWER) prévu dans le SAP avant la levée de l'aveugle : procédure hiérarchique, Holm ou Hochberg pour les doses, approche graphique qui redistribue l'alpha entre hypothèses, ou gatekeeping entre critères principal et secondaires. La personne explique l'ordre choisi et ce qu'il advient des critères placés après un test non significatif.
Signal d'alerteTester chaque critère à 5 % et mettre en avant ceux qui sont significatifs.
Question 4 · senior
Une analyse intermédiaire d'efficacité est prévue à 50 % des événements. Comment l'organisez-vous ?
Une bonne réponseUne fonction de dépense de l'alpha (Lan-DeMets, de type O'Brien-Fleming) fixée dans le protocole, qui garde la plus grande part de l'alpha pour l'analyse finale. Une règle de futilité, souvent non contraignante. Les résultats non masqués sont produits par une équipe statistique indépendante pour le DSMB, avec une charte écrite, pendant que l'équipe du promoteur reste en aveugle.
Signal d'alerteRegarder les résultats en cours et décider ensuite, ou faire produire l'analyse par l'équipe de l'étude elle-même.
Question 5 · senior
Le critère principal est mesuré à chaque visite et 15 % des patients sortent de l'étude avant la fin. Quelle analyse principale proposez-vous ?
Une bonne réponseSouvent un modèle mixte pour mesures répétées (MMRM) avec une matrice de covariance non structurée et une correction des degrés de liberté de Kenward-Roger. Il suppose des données manquantes au hasard (MAR). La personne prévoit des analyses de sensibilité sous l'hypothèse inverse (MNAR) : imputation multiple fondée sur le bras de référence (jump to reference, copy reference) ou analyse de point de bascule. Le choix doit coller à l'estimand.
Signal d'alerteImputer la dernière observation (LOCF) ou analyser seulement les patients qui ont fini l'étude.
Recevez la fiche d'entretien complète en PDF
La fiche pour mener l'entretien de bout en bout, prête à imprimer ou à partager avec le manager.
- 30 questions sur 6 axes, avec la bonne réponse, le signal d'alerte et la relance
- Le niveau visé pour chaque question
- Une mise en situation de 20 minutes et ce qu'on attend du candidat
- La grille d'évaluation de 1 à 4, axe par axe
Ce que les recruteurs demandent sur le biostatisticien clinique
Biostatisticien ou programmeur statistique : qui fait quoi ?
Le biostatisticien décide de la méthode : calcul d'effectif, estimands, SAP, choix des modèles, interprétation et rédaction de la partie statistique du rapport. Le programmeur statistique construit les jeux SDTM et ADaM et produit les tableaux, listings et figures selon des spécifications. Les deux métiers se recouvrent en CRO, où un biostatisticien junior programme beaucoup. Pour un poste qui signe des SAP ou fait face aux autorités, interrogez sur la méthode, pas seulement sur le code.
SAS reste-t-il indispensable pour un biostatisticien en pharma ?
Dans la plupart des équipes, oui, parce que les programmes, les macros et les environnements validés existants sont en SAS. R gagne du terrain avec les packages du réseau pharmaverse, et la FDA n'impose aucun logiciel pour les analyses soumises. Un candidat à l'aise en R sans SAS peut convenir dans une biotech qui construit son environnement. En CRO, demandez au moins une lecture fluide des sorties SAS et des procédures courantes.
Quel format de test technique pour un biostatisticien de CRO ?
Un exercice d'une heure suffit souvent. Fournissez un extrait de protocole et demandez un calcul d'effectif commenté, puis la rédaction d'un paragraphe de SAP sur l'analyse principale et les données manquantes. Vous voyez la méthode et l'écriture, deux qualités qui comptent face à un promoteur. Ajoutez une sortie SAS ou R à interpréter si le poste comporte de la programmation. Un long devoir à la maison en dit moins.
Quelle expérience demander à un biostatisticien senior ?
Des études menées jusqu'au rapport final, au moins une analyse intermédiaire avec DSMB, et idéalement des réponses écrites à des questions d'autorités ou une participation à un dossier de soumission. Demandez-lui de raconter une question posée par un évaluateur et la réponse apportée. Vérifiez aussi l'encadrement de programmeurs et la relecture de SAP écrits par d'autres. Les intitulés de poste varient beaucoup d'une entreprise à l'autre, les études menées comptent davantage.
Pour structurer vos autres entretiens, consultez aussi nos pages sur les questions d'entretien de recrutement, la méthode de l'entretien structuré et la grille d'évaluation d'entretien.





