Écrire un jeu de questions qu’un agent peut poser

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Une question mal écrite ne produit pas une mauvaise réponse. Elle produit une réponse inexploitable — vraie, complète, et impossible à comparer avec les cent soixante-dix-neuf autres. C’est la panne la plus fréquente d’une préqualification automatisée, et elle n’a rien à voir avec le modèle : elle est dans le jeu de questions.

Le jeu de questions appartient au recruteur. Il se rédige par offre, comme un guide d’entretien, et il détermine à peu près tout ce que vous obtiendrez. Voici la méthode.

Une question, un fait

« Parlez-moi de votre expérience en gestion de projet et des outils que vous utilisez » est deux questions. L’agent posera les deux, le candidat répondra à celle qui l’arrange, et vous aurez cent quatre-vingts fiches où l’une des deux informations manque, différente à chaque fois.

Scindez. Une question ne demande qu’une chose, et le test est simple : si la réponse tient en deux phrases dont l’une pourrait être supprimée sans perte, c’était deux questions.

Fermez ce que vous allez comparer

Tout ce qui servira à trier doit être fermé. Disponibilité, mobilité, prétentions, autorisation de travail, permis, langue : ce sont des faits, ils ont un format, imposez-le.

« Quelles sont vos prétentions ? » donne « ça dépend du package », « autour du marché », « je suis ouvert ». Trois réponses honnêtes et trois cases vides. « Quel salaire annuel brut visez-vous ? Donnez un montant ou une fourchette » donne un nombre, y compris quand le candidat le donne à contrecœur.

Et laissez ouvert ce que vous n’allez pas comparer mais que vous voulez lire. Deux ou trois questions ouvertes suffisent : elles servent à repérer ce que le CV ne pouvait pas dire, pas à remplir un tableau.

Demandez le fait, pas l’auto-évaluation

« Quel est votre niveau sur [outil] ? » ne mesure rien. L’échelle est intérieure au candidat : le débutant confiant se donne 8, l’expert scrupuleux se donne 6, et vous les avez classés à l’envers.

Demandez ce qui est vérifiable. « Sur quel projet l’avez-vous utilisé, et pour faire quoi ? » — une réponse en trente secondes qui vous dit s’il l’a pratiqué ou s’il l’a listé. Même logique pour l’ancienneté : ne demandez pas « êtes-vous senior », demandez depuis quand et sur quoi.

Les questions à ne pas confier à un agent

Deux catégories, pour deux raisons différentes.

Celles qui appellent du jugement. « Comment réagiriez-vous face à un client mécontent ? » est une bonne question d’entretien et une mauvaise question de préqualification. La réponse ne se compare pas, elle s’interprète — et l’interpréter est votre travail, pas celui d’un appel de huit minutes. Gardez-la pour l’entretien, où vous pourrez relancer.

Celles qui n’ont rien à faire dans une collecte automatisée. Situation familiale, santé, origine, âge, projet d’enfant, appartenance syndicale. Illégales à l’embauche, et le fait qu’une machine les pose ne les rend pas moins illégales — cela les rend seulement systématiques et enregistrées. Il n’y a pas de zone grise ici : si vous n’auriez pas le droit de la poser vous-même, elle ne va pas dans le jeu de questions.

Écrivez l’ordre, pas seulement les questions

Un appel de préqualification a une courbe d’abandon. Elle monte à mesure que l’appel dure, et elle monte plus vite quand la question devient personnelle.

Mettez les éliminatoires devant. Si l’autorisation de travail ou la mobilité disqualifie, l’apprendre à la question 2 vous économise six minutes et en économise six au candidat. Mettez la rémunération vers la fin : c’est celle qui provoque le plus de fins de conversation, et elle en provoque moins quand quatre minutes se sont déjà bien passées.

Comptez huit à douze questions. Au-delà, ce n’est plus une préqualification, c’est un entretien mené par la mauvaise partie.

Testez-le sur vous

Avant d’ouvrir l’annonce, faites-vous appeler. Répondez de mauvaise foi : donnez des réponses vagues, coupez la parole, répondez à côté. Vous verrez en huit minutes quelles questions produisent une case vide, et ce sont exactement celles qui en produiront cent quatre-vingts fois.

Puis relisez la fiche obtenue et posez-vous la seule question qui compte : est-ce que je peux décider avec ça ? Si la réponse est non, ce n’est pas l’agent qu’il faut changer.

Ce que la méthode ne résout pas

Un jeu de questions bien écrit ne vous dira jamais si quelqu’un est bon. Il vous dira ce qui est vrai, en un format comparable, pour toutes les candidatures plutôt que pour les vingt que vous aviez le temps d’appeler.

Ce qui vient après — décider quoi faire de ces faits — n’est pas automatisable, et n’a pas à l’être. C’est la partie du travail pour laquelle on recrute des recruteurs.

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